Une approche pluridisciplinaire de l’Intelligence artificielle : usages et limites
Vendredi 10 avril, l’auditorium de la Chambre de métiers et de l’artisanat a accueilli les 224 adhérentes et adhérents préalablement inscrit.e.s venu.e.s écouter chercheurs et praticiens de l’intelligence artificielle.
Après le mot de bienvenue et de remerciements de notre président, Alain Bourdoiseau, à l’adresse de l’auditoire et des intervenants, Paul-Emmanuel Galland, rédacteur en chef délégué à Ouest-France et animateur de cette journée en a présenté le programme : Où en sont les recherches autour de l’IA aujourd’hui ? Qu’est-ce que « l’intelligence artificielle », popularisée via ChatGPT, Mistral, Gemini ou d’autres encore ? Que peut-on faire de bien grâce à elle, que peut-on faire de mal à cause d’elle ?
Le premier conférencier, Guillaume Gravier, directeur de laboratoire et chercheur à l’Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires (IRISA) à l’université de Rennes, a ouvert la journée en commençant par démystifier l’intelligence artificielle et éclairer les enjeux de la recherche aujourd’hui.
La définition qu’il propose — « Une IA est un ensemble « [de] dispositifs et [d’]algorithmes permettant à une machine de simuler des comportements dits intelligents pour réaliser des systèmes capables de réaliser des tâches complexes. » –— permet de comprendre d’emblée que le fonctionnement de l’IA est très loin de celui de notre intelligence humaine.
Les recherches autour de l’IA se sont déroulées en deux temps : entre 1950 et 1966, moment où l’expression « intelligence artificielle » est officialisée mais les recherches sont arrêtées pour être reprises dans les années 1980, avec succès publics : la machine bat l’homme aux échecs et au jeu de Go, les premières voitures autonomes circulent, les robots conversationnels répondent à vos questions…
L’IA désigne la technologie mais, concrètement, il y a des IA spécifiques à chaque domaine d’application. Chacune d’elles est alimentée par les données qu’on lui fournit à partir desquelles elle trouvera la fonction qui permet de relier les données. Se pose alors la question de la collecte des données : n’y-a-t-il pas un risque de biais dans le choix fait ?
Guillaume Gravier termine en soulignant le coût et les enjeux socio-économiques de son utilisation.
Après une pause-café, le professeur émérite en rhumatologie Gérard Chalès et Boris Delange, assistant hospitalo-universitaire en informatique au CHU de Rennes présentent la place de l'intelligence artificielle dans le champ médical, son usage et ses limites.
Le professeur Chalès souligne que l’ensemble des spécialités médicales, aux diverses étapes de l’apparition et de l’évolution des pathologies tout au long de la vie, bénéficient de ses applications : de l’aide au diagnostic à la personnalisation des traitements en passant par une optimisation des ressources et de leur ventilation, la découverte de nouveaux médicaments et la chirurgie robotique, mais aussi via les chatbots médicaux, perçus et interprétés de façon très diverse selon l’utilisateur, patient ou professionnel.
Boris Delange en tant que chercheur met l’accent sur quelques éléments : la mobilisation des données (interopérabilité, homogénéité, qualité, infrastructures), la multidisciplinarité, les sources des données, la multiplicité des logiciels dans le système d’information hospitalier, la mise en forme commune des données récupérées.
Les points de vigilance : les biais dans la collecte des données, la formation des futurs médecins, la sensibilisation du public.
À retenir : le professeur Gérard Chalès et Boris Delange rappellent que la relation médecin/patient reste l’élément humain indispensable à toute prise en charge d’un.e patient.e et à son accompagnement quel que soit son âge, à toutes les étapes du parcours de soins.
Après la pause déjeuner, c’est Hussam Hindi, directeur artistique, et enseignant en cinéma (Rennes2), qui ouvre l’après-midi autour de la question de l’impact de l’IA sur les filières du cinéma.
Il dresse un premier état des lieux des usages actuels ou potentiels de l’IA à chaque étape du processus de création et de diffusion d’une œuvre, en identifiant les opportunités et risques associés, notamment en termes de métiers et d’emplois.
Les premières interactions entre le cinéma et la technologie remontent à 1925 avec la motorisation de la caméra, avant introduction du son (1927) puis de la couleur, l’évolution du format ou de la caméra.
Des robots ? En 1927, Fritz Lang fait intervenir une femme-robot dans Metropolis ; quarante ans plus tard Stanley Kubrick imagine un ordinateur doté d’une intelligence artificielle (2001, Odyssée de l’espace, 1968), Steven Spielberg, met en scène un enfant-robot doté de sensibilité affective (Artificial Intelligence : A.I., 2001).
L’IA peut intervenir à toutes les étapes de réalisation d’un film de la création (scénario, montage, qualité de l’image) à la production et la distribution (budget, doublage, sous-titrage…) non sans soulever quelques interrogations : quelle expérience pour les spectateurs ? place de l’IA d’un point de vue éthique ?
L’IA permet aussi de vieillir, rajeunir, créer un double des personnages ce qui permet qu’un seul et même acteur incarne son personnage aux divers âges de sa vie ou qu’un.e acteur/actrice disparue réapparaisse sur l’écran, au bénéfice d’une réduction des coûts.
En guise de conclusion, Hussam Hindi projette un film, Coup de foudre à Rennes, qu’il a demandé de réaliser à une IA : Anne, rennaise de 65 ans, veuve depuis peu, croise un jour Paul, faux-bel homme mais vrai robot conçu pour accompagner les seniors…
L’IA propose le cadre, raconte l’histoire, évalue le coût du film, suggère des noms d’acteurs…
Cette réalisation nous fait clairement saisir que l’IA n’invente rien mais « choisit », parmi toutes les données qui lui ont été fournies, les éléments les plus pertinents par rapport à la demande initiale et aux ajustements attendus au fil de ses propositions.
Enfin, dernière image créée par IA qu’Hussam Hindi nous projette, une affiche publicitaire pour l’UTL mettant en avant le slogan original : « Cultivez votre curiosité »…
Aussi humoristique et détendue qu’ait été cette intervention, elle se clôt sur le rappel des conséquences du recours à l’IA sur un certain nombre de métiers du spectacle : acteurs et actrices, scénaristes, traducteurs, doubleurs, sous-titreurs…
Janik Le Caïnec, journaliste à Ouest France en charge de la page magazine Parents-enfants et de l'Éducation aux médias et à l'information, aborde alors la question de la place de l’IA dans la vie quotidienne de chacun.e.
Aujourd’hui, 41 % des Français déclarent recourir à l’IA pour s’informer sur l’actualité : s’interrogent-ils sur les sources de données ? Savent-ils que Chat GPT est entraîné par Grokipedia (Elon Musk) ?
Les pièges possibles :
À Ouest France, les journalistes doivent respecter une charte de bonne conduite. Un outil interne leur permet de produire des chat bots sur des sujets précis (24 heures du Mans), ou encore d’effectuer des transcriptions pour les lecteurs mal voyants.
Dernier conférencier de cette journée, Ludovic de La Monneraye, avocat en droit du numérique à Rennes, précise quelques notions indispensables autour du
droit d’auteur :

Une table ronde qui réunit les intervenants de la journée sauf Hussam Hindi, absent mais représenté par Stéphane Donikian, directeur de recherche à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INIRIA) sont invités par Paul-Emmanuel Galland à répondre à la question : que fait-on de bien avec l’IA ?
Ses apports dans la recherche d’informations, la traduction ou en médecine sont incontestables. Source de connaissances pour les jeunes, elle permet une optimisation de la productivité en raison notamment de sa capacité d’analyse de grands volumes de données à une vitesse inaccessible à l’homme… Elle fait de l’homme un individu « augmenté ».
Mais la réglementation est encore insuffisante, en particulier dans le cinéma.
Et dans 5 ans ?
Les erreurs générées par l’IA vont disparaître, les IA vertueuses seront plus nombreuses, le recours aux jumeaux numériques en médecine permettra d’expérimenter sans risque de nouvelles molécules et d’optimiser la personnalisation de la prise en charge. Quant au journalisme, son objectif doit rester la transmission d’informations, pas d’opinions !
L’IA apporte une aide, voire du mieux-être à l’homme qui, pour ne pas être manipulé, doit vérifier la fiabilité des informations qu’elle véhicule. Des outils sont à la disposition de chacun pour ce faire, qu’il ne faut pas hésiter à utiliser.
article rédigé par Françoise Guicheney